vendredi 17 décembre 2010

Promotion de recherches en prévention du VIH en Afrique francophone par l’Irsm

Pour une synergie d’actions entre chercheurs du Nord et du Sud

Des chercheurs dans l'Unité de recherches en prévention des IST-VIH/SIDA

Le projet de renforcement de capacités de recherche en prévention du VIH/Sida en Afrique francophone mis en œuvre au Bénin, dans le cadre de l’Initiative de recherche en santé mondiale (Irsm), est arrivé à son terme. Financé par cette dernière institution avec la participation du Centre de recherche pour le développement international (Crdi), le projet a à son actif plusieurs acquis dont la création d’une « Unité de recherche en prévention des IST/VIH/Sida » ainsi que la mise en place d’un « comité d’éthique pour la recherche en santé au Bénin». Deus structures qui fonctionnent en apportant un précieux concours à la promotion de la recherche en Afrique francophone dans une synergie d’action entre chercheurs du Nord et du Sud.
Des formations, des stages de formation et de mise à niveau, des ateliers de renforcement de capacités, des voyages d’études, équipement, etc. sont les activités essentielles du projet de renforcement de capacités de recherche en prévention des IST/VIH/Sida en Afrique francophone. Selon les acteurs et bénéficiaires du projet, au bout des deux années, ses extrants se matérialisent par l’existence, dans l’espace francophone d’Afrique, d’un plateau technique permettant la promotion de la recherche en IST/VIH/Sida du fait du renforcement de capacités des chercheurs et autres personnels associés intervenant en réseau avec leurs homologues du Nord. Aussi, désormais il est créé au Bénin une unité de recherche en IST/VIH/Sida disposant d’un local équipé qui reçoit quotidiennement des chercheurs qui gagnent du temps pour mettre en œuvre leur protocole de recherche. L’un des impacts bien visibles du projet au Bénin est la création d’un comité d’éthique de la recherche, composé de personnalités pluridisciplinaires formées par ailleurs dans le cadre dudit projet, chargé de valider les protocoles de recherche. Des chercheurs Burkinabé, ivoiriens, gabonais, maliens et togolais se sont associés à leurs homologues béninois et canadiens pour conduire le projet à son terme.
Une unité de recherche à soutenir
Pour le responsable de l’unité de recherche en prévention des IST/VIH/Sida, M. Marcel Zannou, la structure dont il a la charge est essentielle dans toute stratégie de promotion de recherche spécialisée. Ainsi, sa création sur la place du Bénin apporte une solution de premier ordre aux chercheurs qui gagnent désormais du temps dans l’efficacité. Ainsi, son unité dispose d’équipements informatiques lui permettant de mettre à la porté des chercheurs les bases de données que sont les meilleurs revues, les meilleurs publications et tous autres informations relatives à leurs protocoles de recherche en matière de IST/VIH/Sida. Connue et très intégrée dans le milieu de la recherche au Bénin, l’unité de recherche reçoit par jour, en moyenne, dix chercheurs issus des deux universités du Bénin. Au nombre de ceux-ci, on compte des étudiants en fin de cycle, des rédacteurs d’articles sur les IST/VIH/Sida que sont les enseignants, les médecins, les pharmaciens, les sociologues, etc.
Afin de donner des perspectives pertinentes à l’unité de recherche du professeur Zannou, il convient de souligner qu’il y a un impératif de ressources à mobiliser afin d’assurer les charges incompressibles de celle-ci. En effet, la documentaliste de l’unité est une salariée ; les abonnements aux publications spécialisées, aux revues et aux bases de données spécifiques sont à renouveler dans le temps ; la maintenance de l’équipement et autres consommables se grèvent aux précédentes charges. Par ailleurs, l’unité de recherche a, à titre expérimental, facilité des initiatives de chercheurs ayant abouti à la rédaction de deux protocoles de recherche. Le premier a trait à l’observation de la fréquence des hépatites virales chez les personnes qui ont déjà le VIH en vue d’une probable modification des politiques de prise en charge des malades. Le second protocole est relatif à l’observation de la « cryptococcose neuroméningée » fréquente chez les porteurs du VIH afin d’en faire ou non une préoccupation de santé publique.
Un comité d’éthique pour crédibiliser la recherche
Avant l’intervention du projet de renforcement de capacités de recherche en prévention des IST/VIH/Sida en Afrique francophone, c’était des comités administratifs ad hoc qui validaient les protocoles d’essais cliniques dans le cadre de la recherche en santé au Bénin. Pour remédier à cette situation qui ne garantissait pas la crédibilité des avis émis, le projet a facilité le processus de la création et de mis en place d’un « comité d’éthique » plus professionnel disposant de compétences et de capacités avérées en attendant la prise de la loi qui règlementera définitivement cette matière en République du Bénin. Déjà, ce comité, dont les membres ont été formés pour une meilleure prise en charge de leur responsabilité, a à son actif l’étude d’une trentaine de protocoles de recherche pour approbation éthique. Ce comité, installé dans les locaux de l’Administration, équipé sur financement du projet, est présidé par le professeur Flore Gangbo, médecin, ancien ministre de la santé.
Création d’un réseau de chercheurs spécialisés
Avec le projet de renforcement de capacités de recherche en prévention des IST/VIH/Sida en Afrique francophone, des chercheurs du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Mali et du Togo, ont collaboré, tant en Afrique et ailleurs notamment au Canada, en milieux hospitaliers, en laboratoire et à l’université avec des chercheurs occidentaux. Ainsi, il s’est créé un réseau de chercheurs Nord-Sud qui restent en contacte au-delà des interventions du projet. Suivant les témoignages des bénéficiaires, cette collaboration qui s’est créée entre chercheurs s’est faite à plusieurs niveaux lors de la mise en œuvre du projet. En effet, dans un premier temps, elle s’est faite à l’occasion des formations  in situ comme à distance parfois des études diplômantes  dont certaines sont encore en cours au Canada dans des cycles de doctorat ou de maîtrise spécialisés, notamment en épidémiologie, et orientés vers la promotion de la recherche. Ensuite, cette synergie des acteurs de la recherche du Nord et du Sud en matière de la prévention des IST/VIH/Sida s’est faite lors des stages effectués par des chercheurs africains francophones dans des unités de recherche en occident. Aussi, les échanges entre chercheurs au plus haut niveau ayant conduit à des collaborations fructueuses ont eu lieu à l’occasion des conférences internationales auxquelles ceux-ci ont participées avec l’appui du projet. Toute chose qui met en évidence une expérience réussie de collaboration Nord-Sud de renforcement de capacités en matière de recherche en prévention des IST/VIH/Sida en Afrique. Pour  Mme Ella Goma, technicienne de laboratoire en poste au centre médical de la ville de Cotonou, une bénéficiaire du projet, le cadre de collaboration créé par le projet renforce ses capacités d’intervention à double titre. Dans un premier temps, du fait de la formation dont elle a bénéficiée grâce au projet. Secondairement, du fait de la collaboration constante lui permettant de finaliser au Canada certains essais en laboratoire démarrés à Cotonou.
La nécessité d’un financement post-projet
Les acquis du projet de renforcement de capacités de recherche en prévention du VIH/Sida sont perceptibles. Il convient aujourd’hui pour ses acteurs d’inscrire leurs œuvres dans la durée. Pour y arriver, deux institutions retiennent l’attention de tous. D’abord , l’unité de recherche qui est un centre dont la pérennité dépend pour une grande part de sa capacité à se prendre en charge en vendant les services qu’il rend à la communauté universitaire en général et au chercheurs en particulier. Mais avant d’en arriver là, selon les propos du professeur Zannou, il faut rechercher dans l’immédiat des sources de financement post-projet. Toutefois, celui-ci rassure quand à l’existence de perspectives de financement même si celle-ci tarde à se concrétiser. Aussi, en attendant la prise de la loi portant création et fonctionnement du comité d’éthique, le « comité d’éthique transitoire » installé avec le concours du projet a besoin de financement pour son fonctionnement. Par ailleurs, dans le cadre de la mise en œuvre du projet, des enquêtes ont été initiées et ont permis de suivre des cortes de porteurs du VIH et des femmes travailleuses de sexe. A la fin du projet, si aucune initiative de financement n’était prise pour assurer l’encadrement de ces cortes, le milieu de la recherche en prévention du VIH au Bénin va perdre un élément essentiel de suivi de la pandémie. Le suivi des cortes apparaît aux yeux des acteurs du projet en général et des chercheurs en particulier comme un impératif incompressible. Car, il a fallu plusieurs années de suivi permanant pour constituer lesdites cortes.
Aubin R. Towanou
Les acquis du projet en bref
Le projet de renforcement de capacités initié par les partenaires du Nord et du Sud que sont : Faculté des sciences de la santé, Cotonou, Bénin ; Centre hospitalier affilié universitaire de Québec, Canada; Hôpital Maisonnneuve-Rosemont, Montréal, Canada; Faculté de médecine, Université des Sciences de la Santé, Libreville, Gabon; Faculté des sciences & Génie, Université Laval, Québec, Canada ; Institut régional de santé publique, Ouidah, Bénin s’est déroulé de juin 2007 à décembre 2009. Il a permis de créer une unité de recherche en prévention du VIH de même qu’un comité d’éthique de la recherche en santé au Bénin, dont tous les membres ont été formés en éthique de la recherche. A ce jour, le comité d’éthique a pu étudier une trentaine de protocoles de recherche, pour approbation éthique. 3 chercheurs africains ont été formés en épidémiologie au Canada, soit 2 au doctorat et 1 à la maîtrise. Des enseignants du Nord et du Sud ont dispensé de la formation lors des 2 sessions de 2 semaines portant sur les aspects « cliniques et éthiques de laboratoire en lien aux IST/VIH/Sida » organisées au Bénin à l’intention de 19 médecins et techniciens provenant de différents pays d’Afrique francophone : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Togo. 8 stages individuels de 4 à 6 semaines se sont également tenus au Canada. 2 ateliers de rédaction de protocoles ont été mis sur pied au Bénin à l’intention des chercheurs béninois et plusieurs participations à des conférences ont été financées. Une formation en éthique de la recherche à l’intention de 10 membres sur les 11 que compte le comité d’éthique ainsi que 2 chercheurs a été assurée à distance par l’université Laval.
 A R T

lundi 13 décembre 2010

Commémoration tournante de la fête de l’indépendance au Bénin

Dans l’univers des éléphants blancs de Lokossa

Plusieurs villas abandonnées à la brousse et faisant l'objet de vandalisme
 
Depuis 2007, le gouvernement de Boni Yayi a pris la décision, saluée par tous, de faire abriter, de manière tournante, les manifestations entrant dans le cadre de la commémoration de la fête de l’indépendance par les grandes villes du pays. Ainsi, de 2007 à 2010, les villes d’Abomey, de Parakou, de Lokossa et de Porto-Novo ont accueilli successivement lesdites manifestations avec d’importants effets induits en terme de construction d’infrastructures urbaines. Pour ce qui concerne la ville de Lokossa, d’importants investissements, non achevés, ont été abandonnés…
Des logements presqu’achevés envahis par la brousse, des reptiles… sont ce qui reste des chantiers de construction de logements initiés dans la ville de Lokossa à l’occasion de la commémoration du 1er août 2009. Ainsi, les habitants de la ville de Lokossa retiennent un arrière goût un peut amère à la suite de la commémoration chez eux de l’édition 2009 de la fête de l’indépendance. Peut-être qu’il s’agit là d’un sentiment partagé par tous les habitants des villes qui ont successivement accueilli depuis 2007 les cérémonies officielles nationales du 1er août. En attendant, d’en avoir une réponse précise, les rumeurs révèlent que généralement les chantiers engagés dans le cadre de cette commémoration tournante sont abandonnés une fois le 1er août passé. La situation à Lokossa, très préoccupante, confirme lesdites rumeurs.
Des logements inachevés abandonnés dans la brousse
Plusieurs sont les chantiers ouverts à Lokossa dans le cadre des festivités du 1er août 2009. Au nombre de ceux-ci, il y en a plusieurs, notamment les routes et les différentes réfections qui étaient indispensables à la tenue des manifestations qui ont été bien achevés. A côté de ceux-ci, il y avait l’ambitieux projet de construction de logements à différents standings. L’objectif était d’utiliser lesdits bâtiments pour loger certains hôtes de marque invités à prendre part aux festivités, puis après la fête, les mettre à la disposition du public sur la base de contrat de location vente. Comme ailleurs, à Lokossa, les chantiers de construction de logements ne sont pas arrivés à terme avant les manifestations festives. Ainsi, l’Administration ayant en charge ledit projet avait la responsabilité de le conduire jusqu’à son achèvement. Mais un an après, le constat est à la limite de l’inacceptable. C’est le sentiment qui anime les populations de Lokossa précédemment plongé dans la croyance selon laquelle ce projet était l’une des retombées visibles et bénéfiques pour leur localité. Tel que le montrent les photographies d’illustration du présent papier, le chantier presqu’achevé a été abandonné. Ainsi, l’ensemble des logements sont dans la brousse et servent d’abris aux reptiles et autres petits ruminants. Le grand nombre des bâtiments est déjà couvert et les revêtements au sol achevés. Pourtant ils sont abandonnés et les portes et fenêtres sont restées paradoxalement ouvertes. Ainsi, en plaine saison de pluie, l’intérieur de ces bâtiments est inondé laissant évoluer certaines plantes. Certaines portes et fenêtres sont dépourvues de leurs serrures précédemment installées. Les douilles et réglettes sont sans ampoules alors que celle-ci étaient déjà bien installées, selon les témoignages recueillis sur place. Certaines toitures, en tuile, présentent des trous béants. Bref, la désolation est effective sur ce vaste domaine qui a pourtant bénéficié de plusieurs milliards de francs Cfa du contribuable béninois. D’importants investissements abandonnés à la brousse et aux intempéries. Toute chose qui laisse croire que le projet n’avait pas au départ de responsable au niveau de l’Administration publique.
A R T.
Une villa abandonnée à la brousse et dont l'un des battants du portail est emporté

jeudi 9 décembre 2010

Côte d'Ivoire

L'Onu et l'Afrique du Sud font la pression sur Laurent Gbagbo
Le Conseil de sécurité de l'ONU discutant de la situation en Côte d'Ivoire, à New York, le 7 décembre 2010.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a finalement annoncé mercredi soir, 8 décembre 2010, dans une déclaration son soutien à Alassane Ouattara comme président élu de Côte d'Ivoire. Dans un avertissement clair au président sortant Laurent Gbagbo, «les membres du Conseil de sécurité condamnent dans les termes les plus forts possibles tout effort de renverser la volonté du peuple». Enfin, prenant position pour la première fois, l'Afrique du Sud a demandé à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir.

Cinq jours, c’est le temps qu’il aura fallu au Conseil de sécurité pour reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara pourtant certifiée vendredi 3 décembre 2010 par le représentant spécial de l’Onu en Côte d’Ivoire et saluée par le secrétaire général Ban Ki-moon lui-même. C’est à la Russie que l’on doit cette longue attente. Les Russes estimaient qu’il n’était pas du ressort du Conseil de certifier l’élection d’Alassane Ouattara, allant jusqu’à parler d’ingérence dans les affaires intérieures ivoiriennes.
Cinq jours de tergiversations plus tard, l’avertissement des 15 pays-membres a gagné en fermeté. Le président sortant Laurent Gbagbo est prévenu… le Conseil dit « condamner dans les termes les plus forts possibles tout effort de renverser la volonté du peuple ». Pas question en revanche de certifier l’élection d’Alassane Ouattara de façon explicite. Pour satisfaire la Russie, les 15 ont fini par reprendre à leur compte la reconnaissance de sa victoire par la Cédéao et demandent à toutes les parties de respecter le résultat de l’élection.
Quant aux individus qui tenteraient de menacer le processus de paix ou de faire obstruction au travail de la mission onusienne sur place, le Conseil de sécurité rappelle qu’il est prêt à imposer des mesures ciblées.
L'Afrique du Sud est aussi sortie de son silence
Il aura fallu que la Cédéao frappe du poing sur la table pour que l’Afrique du Sud finisse par se réveiller. Au lendemain de la demande de départ de Laurent Gbagbo par l’organisation régionale ouest-africaine, Pretoria a demandé à ce dernier de se plier à cette requête.
Dans un communiqué rendu public mercredi soir 8 décembre 2010, le ministère des Affaires étrangères sud-africain appelle également « les leaders ivoiriens à promouvoir la réconciliation nationale et l’unité qui sont les grandes priorités en ce moment en Côte d’Ivoire».
La prudence de l’administration Zuma peut partiellement s’expliquer par les liens entre le gouvernement de l’ANC et Laurent Gbagbo. Une lenteur qui a été vivement critiquée par l’opposition sud-africaine. Mais alors que l’Onu, l ‘Union africaine, la Cédéao et un nombre croissant de pays s’unissent pour demander une issue pacifique à la crise, la super puissance du continent ne pouvait plus se permettre de rester silencieuse.

mardi 7 décembre 2010

Situation politique tendue au Bénin

Et si la Cour constitutionnelle béninoise renouait avec la sagesse…



Me Robert DOSSOU, Président de la Cour constitutionnelle du Bénin
Les Béninois ont pris l’habitude de qualifier les membres de la Cour constitutionnelle de sages. L’expression « les sept sages de la Cour » est admise pour désigner l’institution qu’est la Cour constitutionnelle. Cependant, depuis quelques mois, nombreux sont ceux qui hésitent à prononcer le mot sage lorsqu’il s’agit de parler de la Cour constitutionnelle.

Au terme de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990, en son article 114, « La Cour constitutionnelle est la plus haute juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle. Elle est juge de la constitutionnalité de la loi et elle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques. Elle est l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics. » et celui 124 « Une disposition déclarée inconstitutionnelle ne peut être promulguée ni mise en application. Les décisions de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoir publics et à toutes les autorités civiles, militaires et juridictionnelles ». Ainsi, avec une si grande responsabilité publique consacrée par la Constitution, les Béninois n’ont pas hésité à admettre que cette institution est un véritable pouvoir absolu qui, dans une démocratie, ne peut être incarné que par des sages. Et ils ne se sont pas trompés. Car, en quelques mois de mandature, la première équipe qui a eu la responsabilité d’assumer ce pouvoir, qualifié parfois d’exorbitant, s’est illustrée comme étant constituée de véritables sages. En cinq ans, tout ne s’est pas passé comme sur des roulettes, mais les Béninois s’accordent à reconnaître que la sagesse était de cette équipe. Les équipes qui vont suivre n’ont pas pu éviter de connaître des « bas remarquables », mais le cap est maintenu malgré tout.
Une Cour qui fait peur
La dernière équipe composant la Cour constitutionnelle a la particularité d’être une parfaite émanation du régime au pouvoir. En son sein, on retrouve les personnalités désignées par le président de la République et celles qui ont été choisies par le bureau, acquis au même régime, de l’Assemblée nationale. Toute chose qui fait douter nombre de Béninois quant à la capacité de cette Cour à être impartiale. Depuis, celle-ci n’a perdu aucune occasion pour rendre des décisions sujettes à caution. Elle n’a même jamais hésité à multiplier les revirements jurisprudentiels difficilement compréhensibles pour des Béninois habitués à une autre manière de faire de ses précédents sages.
Sans risque de se tromper, on peut affirmer que la crise politique actuelle est en partie due à certaines décisions prises par cette Cour. Il apparaît de plus en plus une volonté de cette Cour à jouer le rôle de législateur en lieu et place du Parlement. En effet, comment comprendre que la Cour constitutionnelle dénie aux députés le droit de légiférer pour réviser à la hausse la caution payable par les candidats aux élections législatives et présidentielle, caution qu’elle a elle-même fixée par le passé ? Comment admettre, dans la situation actuelle de la législation béninoise, que la Cour constitutionnelle jette du doute sur la faculté du Parlement de fixer le nombre de députés devant siéger dans la prochaine Assemblée nationale ? Et les exemples sont nombreux pour mettre en évidence le fait que le blocage que connait actuellement l’adoption des lois électorales vient de la volonté de la Cour constitutionnelle à légiférer à la place des députés. Et lorsqu’on sait que les décisions de la Cour sont susceptibles d’aucun recours, il est à craindre que les députés n’acceptent pas de procéder aux mises en conformités qui n’obéiraient pas au principe de la séparation des pouvoirs. Situation qui bloquerait dangereusement le processus électoral devant conduire à au renouvèlement du Parlement et l’élection du président de la République en mars prochain.
Nécessaire retour à la sagesse
La Cour constitutionnelle a une grande responsabilité face à l’histoire aujourd’hui. Il y a quelques jours, c’est le Conseil constitutionnel ivoirien qui a raté une occasion historique pour se faire une personnalité indiscutable dans le paysage politique de la Côte d’ivoire. Ceci est déjà du passé. Tous les hommes ne sont pas suffisamment grands d’esprit pour s’affirmer lorsque leur nation a besoin d’eux. Mais nous avons la conviction qu’au Bénin, cette valeur humaine est encore bien partagée par nombre de citoyens appelés à faire valoir leur savoir-faire au service de la nation. Nous comptons, malgré tous les préjugés, sur les sept membres de la Cour constitutionnelle du Bénin. Nous avons la ferme conviction qu’ils veulent bien mériter le qualificatif de sage qu’ils ne veulent pas porter de fait ou à tort.
ART

vendredi 3 décembre 2010

Crispation au sein de la classe politique béninoise

La dangereuse incertitude qui pointe à l’horizon au Bénin

         Depuis quelques mois, les Béninois attendent et en vain, une certaine clarification en ce qui concerne l’arsenal législatif devant conduire la classe politique béninoise aux prochaines élections présidentielle et législatives. Même les dernières mises en conformité de lois électorales au Parlement, suite aux décisions de la Cour constitutionnelle, ne dissipent guère les inquiétudes légitimes des citoyens béninois. Le niveau atteint pas la crispation qui marque l’environnement politique au Bénin est si élevé que le commun des Béninois imaginent la possibilité d’une confusion politique en 2011. Le débat sur l’issue probable de la Liste électorale permanente, informatisée (Lepi) et l’option la mieux judicieuse à envisager en cas de non achèvement du processus en cours reste ouvert et loin d’être tranché. Or, chacun des acteurs de la classe politique a conscience que le temps n’est pas arrêté et que le 6 avril il faut forcément installer un nouveau président élu si nous ne remettions pas en cause les dispositions de la Constitution du 11 décembre 1990. C’est là autant de considérations qui nous permettent d’affirmer que la classe politique béninoise projette le pays dans une dangereuse incertitude.


         La République du Bénin, à travers sa classe politique, a pris l’option, faite d’incertitude, de ne pas adopter définitivement un Code électoral. Ainsi, à l’approche de chaque échéance électorale, les députés à l’Assemblée nationale sont obligés de légiférer spécifiquement afin de définir les nouvelles règles devant régir les acteurs en compétition. Il faut souligner qu’il ne s’agit pas d’une option formelle. Mais depuis l’avènement du renouveau démocratique, la pratique s’est imposée et laisse croire que cet état de fait est une norme constitutionnelle. Or, après 20 ans d’expérience démocratique, le moment est venu d’adopter un Code électoral qui ne subisse plus de modification suivant les humeurs des acteurs de la classe politique en position de force à la veille d’une échéance électorale.

La Lepi comme un objet de blocage

         La réalisation de la liste électorale permanente, informatisée (Lepi) devrait être une solution aux nombreux dysfonctionnements qui entachent les processus électoraux au Bénin. Mais force est de constater aujourd’hui que la confection de cet outil est considérée comme étant l’objet essentiel des contradictions majeures qui jettent du doute sur les élections à venir. Or, aucune enceinte politique ne nie la nécessité de l’établissement au Bénin d’une Lepi consensuelle et fiable. Il y a quelques années, tous les acteurs de la classe politique nationale appelaient de tous leurs vœux la réalisation de la Lepi. Il y en avait même qui faisaient de la réalisation de cet outil une condition essentielle en négociation politique. On attribue même à cet outil des avantages qui lui sont étrangers en le qualifiant d’outil de développement par excellence. Mais voilà que sa réalisation suscite toutes les contradictions possibles. Situation qui amène à douter de la bonne foi de ceux qui l’exigeaient par le passé.
En fait, la réalisation de la Lepi aurait été une fête de la démocratie si le Bénin n’avait pas  connu la crise politique qui mine depuis plusieurs années maintenant et jusqu’à aujourd’hui les relations entre les acteurs de premier ordre de la classe politique. En effet, Tout est parti de la réserve émise par les tenants de l’Union fait la Nation à la veille du lancement du processus. Et face à eux il avait eu la majorité au pouvoir qui a estimé que toute réserve est mal venue si l’on veut effectivement de l’aboutissement du processus de la Lepi. Et fort de cette position, le pouvoir à soutenu le lancement du processus en s’y impliquant d’amblée en montrant du doigt l’opposition comme un contre poids au bon déroulement du processus. Inutile pour nous de situer ici les responsabilités. Mais à l’épreuve des faits, la responsabilité de toute la classe politique est engagée dans ce qui arrive aujourd’hui. Car, Il est inconcevable qu’un pays comme le Bénin réalise un si important outil sans un minimum de consensus. La particularité même du processus fait qu’il est inconcevable de réaliser un tel projet en ne s’appuyant rien que sur la volonté d’une frange de la classe politique fut-elle majoritaire ou non. Puisque, la réussite dudit processus dépend de l’adhésion de tous les Béninois. Inutile se souligner que personne n’a le monopole de la bonne foi a priori lorsque nous-nous situons dans le contexte béninois.
Aujourd’hui, le processus est très avancé mais n’offre aucune garantie d’un aboutissement à bonne date. Un état de fait qui ne s’explique rien que par la divergence majeure qui mine les relations entre les acteurs de premier plan de la classe politique nationale. C’est le lieu d’indiquer que même le début de dialogue qui a été initié par le chef de l’Etat en plein processus a eu le temps de s’essouffler et finalement a créé plus d’incompréhension qu’il y en avait. Ainsi, la réalisation problématique de la Lepi constitue une source de blocage du processus électoral à venir qui est pourtant un rendez-vous constitutionnel incompressible. A cette étape, personne, ni même le superviseur générale de la Cps/Lepi, ne peut prendre officiellement la parole pour trancher le débat en indiquant clairement si oui ou non on peut aller aux élections en 2011 avec une Lepi. Or, chacun a sa position bien claire et précise sur la question sans avoir le courage de libérer le peuple qui veut bien savoir à quoi s’en tenir.

Une révision législative sur fond de confusion

         L’incertitude actuelle à la veille d’échéances politiques capitales n’aurait pas constitué un objet d’inquiétude majeure si elle ne relevait que du débat autour de la réalisation de la Lepi. Mais force est de constater qu’en plus de la Lepi qui est une source d’incertitude, il y a la révision des lois électorales qui s’entoure d’une certaine opacité que même les juristes de haut niveau n’arrivent point à démêler. En effet, le rejet par la Cour constitutionnelle de certaines innovations majeures dans les lois électorales votées par le Parlement béninois suscite de grands débats à issues incertaines.
Les députés, sur la base des habitudes à ne pas encourager consistant à réviser les lois électorales à la veille des élections, ont procédé à un toilettage des lois en introduisant des innovations majeures. Notamment dans les lois n° 2010-33 portant règles générales pour les élections en  République du Bénin et n° 2010-35 portant règles particulières pour l’élection des membres de l’Assemblée nationale. La Cour constitutionnelle, à l’occasion du contrôle de constitutionnalité desdites lois, a monté la barre très haute en légiférant presqu’à la place du législateur. Il s’agit de sa décision DCC 10-116 du 08 septembre 2010 et celle DCC-117 du 08 septembre 2010 relatives respectivement aux lois sus-indiquées. Décisions qui se fondent sur des moyens susceptibles de réserves objectives. Selon la Constitution béninoise, les lois électorales ne sont pas des lois spéciales et sont susceptibles de modification dans le cadre d’un processus législatif normal. Mais la Cour, de manière exceptionnelle et inattendue, a conféré la qualification d’autorité de la chose jugée à la vérification de la conformité desdites lois à la Constitution avant leur promulgation. A notre sens, une telle démarche revient à enlever à l’Assemblée nationale le pouvoir de modifier une loi promulguée ou de voter une nouvelle loi sur les mêmes matières. Aussi, le fait de ne pas reconnaître au Parlement sa prérogative de fixer, sur la base de motivation claire, le nombre de députés constitue un revirement jurisprudentiel dont le Bénin peut se passer selon des juristes avertis. Dans ces conditions, nous estimons qu’il n’est dans l’intérêt de personne qu’une révision législative ordinaire et habituelle conduise à un blocage qui ne fait qu’en rajouter aux incertitudes déjà trop lourdes qui pèsent sur le processus électoral qui s’annonce.

Une responsabilité partagée

         Avec l’embarrassant retard que connaît le lancement du processus devant conduire aux prochaines élections présidentielle et législatives, il n’est pas alarmant de commencer par craindre le pire. Une confusion politique tirant sa source dans un processus électoral mal manager pointe à l’horizon au Bénin. Loin de nous le rôle d’oiseau de mauvais augure. Nous n’avons pas appris à nous faire peur. Seulement, nous sommes réalistes et savons appeler chaque chose par son nom. Qui sème le vent, récolte la tempête disaient les anciens. On ne met pas du carburant sur une flamme pour s’étonner qu’elle prenne de l’ampleur. Aujourd’hui au Bénin, toutes les étapes jamais franchies sur le chemin de l’intolérance politique sont atteintes. Pour faire court, les différents camps en présence ne sont plus à l’étape de la possibilité de la moindre concession. Campé sur sa position, chacun est prêt à montrer à l’autre combien ses biceps sont développés. Ou du moins, chacun attend le moment propice pour asséner le coup fatal à son adversaire. Même dans un pays dont l’une des traditions culturelles fait une place de choix au dialogue à travers « l’arbre à palabre », tout se passe comme si toute possibilité de concertation est rompue et les différents camps s’observent en chiens de faïence. Chacun des acteurs s’emploie à soutenir que sa démarche va dans le sens de l’intérêt de la nation, du peuple. Pourtant, c’est ce peuple qui est malmené et s’érige en première victime face à ce qui se passe, face à l’incertitude dans lequel on propulse le pays sans ménagement.
Au regard de ce qui se passe, aucune des forces en présence, forces qui entretiennent la confusion actuelle, n’est préoccupée par les intérêts de la nation à proprement parlé. Seuls les intérêts égoïstes, sectaires guident leurs actions dont l’objectif principal est la sauvegarde ou l’amélioration des acquis de leur propre chapelle. Il est inconcevable que des personnes qui se veulent défenseurs de causes nobles résument l’action publique à une telle incongruité. Mais bon, la politique a ses règles qui échappent au bon sens et à la noblesse stricto sensu. En tout cas, le peuple silencieux est attentif à tout ce qui se passe.
Quant à ceux qui ont pris la responsabilité de participer à l’action publique tout en restant en dehors du jeu politique à proprement parlé, leur responsabilité est tout aussi grande dans ce qui pointe à l’horizon. Lorsqu’ils optent pour le silence à l’image du peuple meurtri ils jouent leur crédibilité. La société civile silencieuse sera responsable devant l’histoire dans cette marche dommageable vers l’incertitude. Sa responsabilité sera encore plus grande que celle des acteurs politiques de qui le peuple ne saurait attendre des actes de vertu. La société civile n’a pas le doit à l’excuse, c’est pourquoi nous prenons sur nous la responsabilité d’écrire ces lignes.


         Au demeurant, la situation politique actuelle au Bénin est plus que préoccupante. Il ne s’agit pas d’ébranler le peuple, mais l’inviter à la vigilance. L’incertitude politique est plus que jamais aux portes du Bénin qui avait pourtant fait du chemin à pas assurés dans sa marche vers la consolidation de sa démocratie. Mais hélas, trois fois hélas ! L’heure de l’affirmation est arrivée et ses acteurs publics ont la lourde responsabilité de lui faire passer l’étape de la majorité. Le sacrifice sera lourd, très lourd même. Rendez-vous au 6 avril pour faire le bilan si tout allait bien. Autrement, nous sacrifieront l’ensemble de l’héritage d’illustres personnages tels Mgr Isidore de Souza, dont nous saluons la mémoire au passage et Mathieu Kérékou qui a certainement encore un rôle...

Par Amévo A. C. de Campos
Architecte décorateur - Expert agréé -
Consultant international

Crispation au sein de la classe politique béninoise

La dangereuse incertitude qui pointe à l’horizon au Bénin 

         Depuis quelques mois, les Béninois attendent et en vain, une certaine clarification en ce qui concerne l’arsenal législatif devant conduire la classe politique béninoise aux prochaines élections présidentielle et législatives. Même les dernières mises en conformité de lois électorales au Parlement, suite aux décisions de la Cour constitutionnelle, ne dissipent guère les inquiétudes légitimes des citoyens béninois. Le niveau atteint pas la crispation qui marque l’environnement politique au Bénin est si élevé que le commun des Béninois imaginent la possibilité d’une confusion politique en 2011. Le débat sur l’issue probable de la Liste électorale permanente, informatisée (Lepi) et l’option la mieux judicieuse à envisager en cas de non achèvement du processus en cours reste ouvert et loin d’être tranché. Or, chacun des acteurs de la classe politique a conscience que le temps n’est pas arrêté et que le 6 avril il faut forcément installer un nouveau président élu si nous ne remettions pas en cause les dispositions de la Constitution du 11 décembre 1990. C’est là autant de considérations qui nous permettent d’affirmer que la classe politique béninoise projette le pays dans une dangereuse incertitude.


         La République du Bénin, à travers sa classe politique, a pris l’option, faite d’incertitude, de ne pas adopter définitivement un Code électoral. Ainsi, à l’approche de chaque échéance électorale, les députés à l’Assemblée nationale sont obligés de légiférer spécifiquement afin de définir les nouvelles règles devant régir les acteurs en compétition. Il faut souligner qu’il ne s’agit pas d’une option formelle. Mais depuis l’avènement du renouveau démocratique, la pratique s’est imposée et laisse croire que cet état de fait est une norme constitutionnelle. Or, après 20 ans d’expérience démocratique, le moment est venu d’adopter un Code électoral qui ne subisse plus de modification suivant les humeurs des acteurs de la classe politique en position de force à la veille d’une échéance électorale.

La Lepi comme un objet de blocage

         La réalisation de la liste électorale permanente, informatisée (Lepi) devrait être une solution aux nombreux dysfonctionnements qui entachent les processus électoraux au Bénin. Mais force est de constater aujourd’hui que la confection de cet outil est considérée comme étant l’objet essentiel des contradictions majeures qui jettent du doute sur les élections à venir. Or, aucune enceinte politique ne nie la nécessité de l’établissement au Bénin d’une Lepi consensuelle et fiable. Il y a quelques années, tous les acteurs de la classe politique nationale appelaient de tous leurs vœux la réalisation de la Lepi. Il y en avait même qui faisaient de la réalisation de cet outil une condition essentielle en négociation politique. On attribue même à cet outil des avantages qui lui sont étrangers en le qualifiant d’outil de développement par excellence. Mais voilà que sa réalisation suscite toutes les contradictions possibles. Situation qui amène à douter de la bonne foi de ceux qui l’exigeaient par le passé.
En fait, la réalisation de la Lepi aurait été une fête de la démocratie si le Bénin n’avait pas  connu la crise politique qui mine depuis plusieurs années maintenant et jusqu’à aujourd’hui les relations entre les acteurs de premier ordre de la classe politique. En effet, Tout est parti de la réserve émise par les tenants de l’Union fait la Nation à la veille du lancement du processus. Et face à eux il avait eu la majorité au pouvoir qui a estimé que toute réserve est mal venue si l’on veut effectivement de l’aboutissement du processus de la Lepi. Et fort de cette position, le pouvoir à soutenu le lancement du processus en s’y impliquant d’amblée en montrant du doigt l’opposition comme un contre poids au bon déroulement du processus. Inutile pour nous de situer ici les responsabilités. Mais à l’épreuve des faits, la responsabilité de toute la classe politique est engagée dans ce qui arrive aujourd’hui. Car, Il est inconcevable qu’un pays comme le Bénin réalise un si important outil sans un minimum de consensus. La particularité même du processus fait qu’il est inconcevable de réaliser un tel projet en ne s’appuyant rien que sur la volonté d’une frange de la classe politique fut-elle majoritaire ou non. Puisque, la réussite dudit processus dépend de l’adhésion de tous les Béninois. Inutile se souligner que personne n’a le monopole de la bonne foi a priori lorsque nous-nous situons dans le contexte béninois.
Aujourd’hui, le processus est très avancé mais n’offre aucune garantie d’un aboutissement à bonne date. Un état de fait qui ne s’explique rien que par la divergence majeure qui mine les relations entre les acteurs de premier plan de la classe politique nationale. C’est le lieu d’indiquer que même le début de dialogue qui a été initié par le chef de l’Etat en plein processus a eu le temps de s’essouffler et finalement a créé plus d’incompréhension qu’il y en avait. Ainsi, la réalisation problématique de la Lepi constitue une source de blocage du processus électoral à venir qui est pourtant un rendez-vous constitutionnel incompressible. A cette étape, personne, ni même le superviseur générale de la Cps/Lepi, ne peut prendre officiellement la parole pour trancher le débat en indiquant clairement si oui ou non on peut aller aux élections en 2011 avec une Lepi. Or, chacun a sa position bien claire et précise sur la question sans avoir le courage de libérer le peuple qui veut bien savoir à quoi s’en tenir.

Une révision législative sur fond de confusion

         L’incertitude actuelle à la veille d’échéances politiques capitales n’aurait pas constitué un objet d’inquiétude majeure si elle ne relevait que du débat autour de la réalisation de la Lepi. Mais force est de constater qu’en plus de la Lepi qui est une source d’incertitude, il y a la révision des lois électorales qui s’entoure d’une certaine opacité que même les juristes de haut niveau n’arrivent point à démêler. En effet, le rejet par la Cour constitutionnelle de certaines innovations majeures dans les lois électorales votées par le Parlement béninois suscite de grands débats à issues incertaines.
Les députés, sur la base des habitudes à ne pas encourager consistant à réviser les lois électorales à la veille des élections, ont procédé à un toilettage des lois en introduisant des innovations majeures. Notamment dans les lois n° 2010-33 portant règles générales pour les élections en  République du Bénin et n° 2010-35 portant règles particulières pour l’élection des membres de l’Assemblée nationale. La Cour constitutionnelle, à l’occasion du contrôle de constitutionnalité desdites lois, a monté la barre très haute en légiférant presqu’à la place du législateur. Il s’agit de sa décision DCC 10-116 du 08 septembre 2010 et celle DCC-117 du 08 septembre 2010 relatives respectivement aux lois sus-indiquées. Décisions qui se fondent sur des moyens susceptibles de réserves objectives. Selon la Constitution béninoise, les lois électorales ne sont pas des lois spéciales et sont susceptibles de modification dans le cadre d’un processus législatif normal. Mais la Cour, de manière exceptionnelle et inattendue, a conféré la qualification d’autorité de la chose jugée à la vérification de la conformité desdites lois à la Constitution avant leur promulgation. A notre sens, une telle démarche revient à enlever à l’Assemblée nationale le pouvoir de modifier une loi promulguée ou de voter une nouvelle loi sur les mêmes matières. Aussi, le fait de ne pas reconnaître au Parlement sa prérogative de fixer, sur la base de motivation claire, le nombre de députés constitue un revirement jurisprudentiel dont le Bénin peut se passer selon des juristes avertis. Dans ces conditions, nous estimons qu’il n’est dans l’intérêt de personne qu’une révision législative ordinaire et habituelle conduise à un blocage qui ne fait qu’en rajouter aux incertitudes déjà trop lourdes qui pèsent sur le processus électoral qui s’annonce.

Une responsabilité partagée

         Avec l’embarrassant retard que connaît le lancement du processus devant conduire aux prochaines élections présidentielle et législatives, il n’est pas alarmant de commencer par craindre le pire. Une confusion politique tirant sa source dans un processus électoral mal manager pointe à l’horizon au Bénin. Loin de nous le rôle d’oiseau de mauvais augure. Nous n’avons pas appris à nous faire peur. Seulement, nous sommes réalistes et savons appeler chaque chose par son nom. Qui sème le vent, récolte la tempête disaient les anciens. On ne met pas du carburant sur une flamme pour s’étonner qu’elle prenne de l’ampleur. Aujourd’hui au Bénin, toutes les étapes jamais franchies sur le chemin de l’intolérance politique sont atteintes. Pour faire court, les différents camps en présence ne sont plus à l’étape de la possibilité de la moindre concession. Campé sur sa position, chacun est prêt à montrer à l’autre combien ses biceps sont développés. Ou du moins, chacun attend le moment propice pour asséner le coup fatal à son adversaire. Même dans un pays dont l’une des traditions culturelles fait une place de choix au dialogue à travers « l’arbre à palabre », tout se passe comme si toute possibilité de concertation est rompue et les différents camps s’observent en chiens de faïence. Chacun des acteurs s’emploie à soutenir que sa démarche va dans le sens de l’intérêt de la nation, du peuple. Pourtant, c’est ce peuple qui est malmené et s’érige en première victime face à ce qui se passe, face à l’incertitude dans lequel on propulse le pays sans ménagement.
Au regard de ce qui se passe, aucune des forces en présence, forces qui entretiennent la confusion actuelle, n’est préoccupée par les intérêts de la nation à proprement parlé. Seuls les intérêts égoïstes, sectaires guident leurs actions dont l’objectif principal est la sauvegarde ou l’amélioration des acquis de leur propre chapelle. Il est inconcevable que des personnes qui se veulent défenseurs de causes nobles résument l’action publique à une telle incongruité. Mais bon, la politique a ses règles qui échappent au bon sens et à la noblesse stricto sensu. En tout cas, le peuple silencieux est attentif à tout ce qui se passe.
Quant à ceux qui ont pris la responsabilité de participer à l’action publique tout en restant en dehors du jeu politique à proprement parlé, leur responsabilité est tout aussi grande dans ce qui pointe à l’horizon. Lorsqu’ils optent pour le silence à l’image du peuple meurtri ils jouent leur crédibilité. La société civile silencieuse sera responsable devant l’histoire dans cette marche dommageable vers l’incertitude. Sa responsabilité sera encore plus grande que celle des acteurs politiques de qui le peuple ne saurait attendre des actes de vertu. La société civile n’a pas le doit à l’excuse, c’est pourquoi nous prenons sur nous la responsabilité d’écrire ces lignes.


         Au demeurant, la situation politique actuelle au Bénin est plus que préoccupante. Il ne s’agit pas d’ébranler le peuple, mais l’inviter à la vigilance. L’incertitude politique est plus que jamais aux portes du Bénin qui avait pourtant fait du chemin à pas assurés dans sa marche vers la consolidation de sa démocratie. Mais hélas, trois fois hélas ! L’heure de l’affirmation est arrivée et ses acteurs publics ont la lourde responsabilité de lui faire passer l’étape de la majorité. Le sacrifice sera lourd, très lourd même. Rendez-vous au 6 avril pour faire le bilan si tout allait bien. Autrement, nous sacrifieront l’ensemble de l’héritage d’illustres personnages tels Mgr Isidore de Souza, dont nous saluons la mémoire au passage et Mathieu Kérékou qui a certainement encore un rôle...

Par Amévo A. C. de Campos
Architecte décorateur - Expert agréé -
Consultant international

Côte d'Ivoire - Présidentielle

 Le Conseil constitutionnel proclame la victoire de Laurent Gbagbo à la présidentielle ivoirienne

Paul Yao N'Dré, président du Conseil Constitutionnel 
Président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’Dré

Le président sortant Laurent Gbagbo a été proclamé vainqueur du second tour de la présidentielle ivoirienne, ce vendredi 3 décembre 2010, par le président du Conseil constitutionnel. L'institution invalide les résultats provisoires de la CEI qui donnaient Alassane Ouattara vainqueur. Le Conseil constitutionnel crédite Laurent Gbagbo de 51% des voix.
 
Présidentielle en Côte d'Ivoire
Présidentielle en Côte d'Ivoire
 

C’est d’une voix grave et ferme que le président du Conseil constitutionnel Paul Yao N’Dré, depuis une salle du Conseil à Abidjan, a proclamé les résultats définitifs de l’élection présidentielle ivoirienne.

Des résultats qu’il a livrés région par région, après avoir annoncé les invalidations de vote dans plusieurs départements du nord du pays (Bouaké, Khorogo, Ferkessedougou, Katiola, Boundiali, Dabakala et Seguéla) pour diverses « irrégularités flagrantes, a-t-il dit, de nature à entacher la sincérité du scrutin ».

Le total des résultats retenus donne 51,45 % des suffrages exprimés à Laurent Gbagbo, contre 48,55 % pour Alassane Ouattara. Le taux de participation livré par le Conseil constitutionnel est de 71,28 %, soit 3 993 209 suffrages exprimés.
Laurent Gbagbo a obtenu, après les annulations annoncées par le Conseil constitutionnel, 2 054 537 voix, et Alassane Ouattara 1 938 672 voix. 
Sur foi de quoi, « Monsieur Gbagbo Laurent est proclamé Président de la République de Côte d’Ivoire », a déclaré solennellement le président du Conseil constitutionnel. La veille, le Président de la CEI Youssouf Bakayoko avait, à l’inverse, proclamé les résultats provisoires donnant la victoire d’Alassane Ouattara avec 54,1 % des voix.
Source RFI