jeudi 4 octobre 2012

Bénin/Vie des formations politiques

Quand la trésorerie tue les partis
Considérés comme étant des clubs électoraux, les partis politiques au Bénin ont besoin d’être réformés en ce qui concerne la gestion de leur finance. Car, au-delà de toute conviction politique, l’argent prend une part importante dans le destin des formations politiques béninoises. Ils n’ont d’avenir qu’au gré de la bourse de leur principal bailleur de fonds ou de sa position à la tête d’une structure étatique pourvoyeuse, licitement ou non, de ressources financières.
Ralphe Zinsou
Au bout de cinq ans de gouvernance sous le régime Boni Yayi, le nombre de partis politiques qui comptaient jadis sur l’échiquier national et qui ne pèsent plus rien est longue. Le Parti du renouveau démocratique (Prd), la Renaissance du Bénin (Rb), le Parti social démocrate (Psd), le Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (Madep), Force clé, l’Union pour la République (Upr), etc. sont autant de partis qui comptaient un nombre représentatif de députés à l’Assemblée nationale, de conseillers élus aux conseils communaux et municipaux, voire des maires. Aujourd’hui, ils sont réduits à leur plus simple expression. Le dernier exemple en date est le Prd qui est en passe de perdre le privilège d’avoir son propre groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. La raison de cette débâcle reste la même. Quand la trésorerie va, les partis ont le vent en poupe, mais lorsque la finance est grippée, tout bascule dans la désolation.
Créés dans l’abondance, ils disparaissent…
Le Parti du renouveau démocratique (Prd), au-delà des convictions politiques de Me Adrien Houngbédji, avait pour objectif, non écrit, de le porter au pouvoir suprême au Bénin. Ainsi, au lieu de fonctionner sur le plan financier comme une institution impersonnelle, le Prd avait pour trésorerie la bourse de Me Adrien Houngbédji. Il devait tout financer même si parfois, des personnes proches de lui et disposant de moyens conséquents, devraient aussi mettre la main à la poche. Ainsi, lorsque le Prd a eu le privilège de 2006 à 2008 de participer à l’action gouvernementale, sous le régime de Mathieu Kérékou, des ressources pouvaient provenir de plusieurs sources autres que celles se rapportant au seul Adrien Hougbédji. De 2008 à 2011, en dehors de quelques préposés à être inscrits sur des listes électorales, de certaines bonnes volontés et autres députés élus, la cagnotte est désespérément remplie par le seul et unique bailleurs, Me Houngbédji. Lui-même l’a clairement affirmé dans une émission télévisée où il parlait même du financement solitaire de l’alliance « Union fait la nation ». Aujourd’hui hors jeu pour ce qui concerne la magistrature suprême, il est clair qu’il ne mette plus la main à la poche comme par le passé et du coup, c’est la descente aux enfers. Et sans un éventuel sursaut d’orgueil de sa part, le parti mourra de sa plus belle mort comme d’autres avant lui. Ainsi, le Prd donne un exemple typique de comment, avec une trésorerie male cadrée, les partis meurent au Bénin sans tambour ni trompète. Ceci après avoir connu des années de gloire au rythme d’espèces sonnantes et trébuchantes.
A quelques nuances près, la Renaissance du Bénin, formation politique créée à la tête de l’Etat lorsque son leader charismatique briguait la magistrature suprême, connaît le même sort. Lorsque ce parti avait tous les postes de l’Administration publique à sa portée, sans avoir le moindre programme identifiable et soutenable, il a compté jusqu’à 35 députés au Parlement. Il s’agit, à peu de chose près, de la situation actuelle des « Force cauri pour un Bénin émergeant » (Fcbe), formation politique de l’actuel président de la République. Depuis que la Rb a perdu le pouvoir, principal pourvoyeur de ressources pour ce parti, la descente aux enfers a commencé et s’est poursuivi dans le temps. Même si le parti est arrivé, lors des dernières municipales à Cotonou, à prendre la tête de la mairie, parce que vengé par les Cotonois, plus rien n’est sûr à l’horizon 2013. Et le nombre de députés répondant de cette formation politique au Parlement est édifiant.
Si Bruno Amoussou n’a pas créé son Psd à la tête du pouvoir, il l’a fortement financé et promu grâce à la position privilégiée qu’il a occupé dans le régime Kérékou. Après, et étant déclaré forclos à la présidentielle, la descente aux enfers est en pleine marche. Ce dernier n’a connu que le parcourt d’un certain Albert Tévoédjrè, même si celui-ci gère autrement sa chute. Lazard Séhouéto qui a créé son parti « au pouvoir », préfère aujourd’hui qu’on parle de l’Union fait la nation plus que tout autre chose. Idem au Madep fortement financé au départ par l’homme d’affaires Séfou Fagbohoun qui était, au départ, un privilégié du régime Mathieu Kérékou. On imagine d’ores et déjà le sort de « Fcbe » après 2016, dans le meilleur des cas.

Quelle trésorerie pour quel parti ?
Au Bénin, l’histoire du renouveau démocratique nous renseigne que si un parti politique n’est pas créé par un homme ayant des ambitions politiques personnelles immédiates liées à une échéance électorale, il est créé par un homme déjà au pouvoir qui veut en faire une machine de gestion de pouvoir. Ainsi, la trésorerie des partis politiques est souvent confondue à celle de leur initiateur. La liste des militants adhérents n’intéresse personne, encore moins leur cotisation pour consolider la finance du parti. La formation politique ne dispose généralement pas de comptabilité ni de comptable. A l’occasion des rendez-vous importants (élections nationales, élections à la tête d’une institution, nominations,…) à qui mieux-mieux, on met la main à la poche et non à la caisse, pour répondre aux besoins de financement qui s’imposent. Au finish, personne ne peut évaluer les dépenses du parti et ceci arrange tout le monde tant que le combat a un sens. Mais une fois forclos, étant données les limitations constitutionnelles, le chef de parti, ici promoteur politique, regrette ses dépenses folles qui avaient pourtant un but pour lui en son temps. A partir de là, l’hémorragie des militants s’aggrave et tout fini par une descente aux enfers. Et lorsque la formation politique ne trouve par un repreneur ayant du cran, elle sombre et disparaît de l’échiquier politique national comme elle a été créée.
Quel financement pour la pérennité ?
Ailleurs où l’expérience démocratique mérite d’être copiée, les partis politiques sont financés prioritairement par les cotisations des militants, les apports des mécènes. Aussi, pour ce qui concerne des ressources importantes, les formations politiques étant considérées comme des groupes de pression, des lobbys ont une formule simple. Ainsi, lorsqu’elles arrivent à position des cadres militants ou non à des postes de responsabilité, (élus ou nommés), procurant des avantages, ceux-ci financent la trésorerie du parti en guise de reconnaissance. On peut évoquer ici les emplois fictifs de Chirac en tant que maire de Paris. Pour tirer le plus de profit des nominations, les responsables politiques à la tête des Etats vont pousser le bouchon aussi loin que possible. En dehors des salaires mirobolants accordés, des primes impossibles ont été créées comme les stock-options ainsi que les parapluies dorés auxquels on attribue des critères de rentabilité, de performance. Nous n’allons pas occulter les affaires « Elf » et « Clearstream » en France pour évoquer le financement occulte des partis politiques en Occident. Cependant, il importe de souligner que les formations politiques que nous évoquons ici sont créées en dehors et au-delà des personnes mais attachées à une idéologie politique et se dotent régulièrement de programmes de gouvernement adaptés aux réalités du présent. Notons tout de même que l’exemple français est loin d’être considéré comme l’idéal en politique. Les pays scandinaves donnent de belles leçons de gestion transparente et orthodoxe de parti politique qui peuvent inspirer les Béninois. C’est peut-être la condition pour sortir de la médiocrité actuelle qui se résume en une seule phrase. Seules les formations politiques au pouvoir ou composant avec le pouvoir, dans une certaine mesure, peuvent connaître une promotion politique lorsqu’elles ne sont pas créées par un richissime personnage.


mercredi 19 septembre 2012

Bénin/Pot-de-vin

Les risques pour l’économie
L’économie béninoise est à la croisée des chemins. Sa santé est délicate quelque soit la rigueur du diagnostique. Si on doit évaluer son taux de croissance sur la période allant de février à août 2012, l’unité sera supérieur à sa valeur. C’est dans un tel contexte qu’une affaire de pot-de-vin vient ébranler l’entourage immédiat du chef de l’Etat. Il s’agit d’un dossier dans lequel, le Bénin, qui attend vainement les investissements directs étrangers pour doper sa croissance, joue très gros. Une réalité que le débat entretenu autour du sujet semble ignorer.
 « Que celui qui compte économiquement et qui n’a jamais reçu un pot-de-vin lève son doigt… » disait Loïk le Floch-Prigent, ex Pgd de Elf Aquitaine (entreprise « faucille » publique française ayant pillé le pétrole africain) à l’occasion de la fameuse « affaire Elf » qui ébranlât les politiques français. Ce n’est peut-être pas un bon exemple, surtout en ce moment où l’intéressé est en délicatesse avec la justice togolaise pour une affaire d’escroquerie. Mais toujours est-il que Le pot-de-vin, loin d’être la norme, est toléré en affaire et des entreprises crédibles, pour ne pas dire vertueuses, y consacrent des lignes dans leur budget. L’essentiel, lorsqu’il n’y a pas de pépin, tout roule et chacun y trouve son compte.
Un projet rentable en difficulté
Si au finish, avec cette affaire de pot-de-vin qui éclabousse d’importantes personnalités au plus haut niveau de l’Etat, l’affaire montée par le groupe Hemos-Ciat capotait, le Bénin perdra un gros investissement. Plusieurs dizaines de milliards de francs Cfa qui devraient mobiliser des entreprises de Btp, des ouvriers de plusieurs secteurs, des transporteurs, du fret, les entités publiques concernées, etc. risquent de faire pif ! Sans oublier toutes les activités et tout le petit commerce qui se développe autour d’un tel chantier. Inutile d’évoquer ce que rapportera à terme un port sec à Tori. Nous osons croire que le Bénin n’en arrivera pas là et que des mesures idoines seront prises en vue de colmater les brèches pour sauver l’essentiel de l’affaire. Seulement voilà, en dehors du chef de l’Etat, le procureur de la République, garant de l’application de la loi portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin peut en décider autrement.
La répétition des affaires est nuisible
L’économie béninoise n’a pas intérêt à ce qu’on agite souvent et autour du chef de l’Etat, des affaires de pot-de-vin. Car, ceux qui les paient, sont des investisseurs ou tout au moins de potentiels investisseurs. Et à l’heure où nous parlons il y en a qui en donnent ou qui sont sur le point d’en donner. Autrement dit, blâmer pour une affaire de pot-de-vin, tout en étant moralement un acte salutaire, reste ridicule aux yeux de certains qui comptent beaucoup dans le monde des affaires, donc en économie. Ainsi, en faire un objet de campagne médiatique dans le sens de redorer son blason est à terme contre productif à notre sens. Car certains potentiels investisseurs, donc donateurs potentiels de pot-de-vin,  ont horreur des pays où ça se passe ainsi. Ce qui compte c’est comment faire en sorte que ceux qui prennent les pots-de-vin remplissent leurs engagements y relatifs en évitant le moindre pépin. Car, lorsqu’on sert l’Etat au plus haut niveau, il faut apprendre à défendre les intérêts publics qui passent par les siens propres. Pour les investisseurs, la responsabilité n’est pas moins grande. Car, au regard de la loi, le donneur de pot-de-vin qui tente de tuer le receveur, s’expose au même titre.
Le risque couru par Eric Hounguè et…
La loi n°2011-20 du 12 Octobre 2011, portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin dispose en son article 40 : «Est puni d’un emprisonnement de cinq (05) ans à dix ans et d’une amende égale au triple de la valeur des promesses agréées ou des choses reçues ou demandées, sans que ladite amende puisse être inférieure à un million de francs Cfa, tout agent public qui aura directement ou indirectement sollicité ou agréé des offres ou promesses ou reçu des dons ou présents ou autres avantages indus pour lui-même ou pour une autre personne ou entité, pour faire ou s’abstenir de faire un acte de ses fonctions ou de son emploi, juste ou non, mais non sujet à rémunération». Plus loin, la même loi stipule : «Outre l’amende, la peine est la réclusion criminelle à temps de dix (10) ans à vingt (20) ans lorsque la valeur des promesses agréées ou des choses reçues ou demandées est égale ou supérieure à dix millions (10.000.000) de francs Cfa et la réclusion criminelle à perpétuité lorsque cette valeur est égale ou supérieure à cent millions (100.000.000) de francs Cfa». Et tout ceci est applicable au corrupteur, donc à Monsieur Eric Hounguè. Par ailleurs, la loi dispose en son article 42 : «Lorsque l’infraction est commise par …, toute autorité administrative ou judiciaire nommée par décret ou arrêté quelle que soit sa qualité ou son statut,…, la peine encourue est de dix (10) ans à vingt (20) ans de réclusion et une amende égale au triple de la valeur des promesses agréées ou des choses reçues ou demandées, sans que ladite amende puisse être inférieure à cinq millions (5.000.000) de francs Cfa».
L’homme par qui le drame est arrivé
Le Pdg du groupe Hemos-Ciat, Eric Hounguè, promoteur du port sec de Tori est un Béninois ayant fait ses preuves à Abidjan en Côte d’Ivoire. La trentaine il a créé l’entreprise Hemos qui s’est associée à en partenariat avec  la Compagnie internationale de l’aménagement de terrains (Ciat) pour donner naissance au groupe Hemos-Ciat. C’est ce groupe qui réalise le port sec de Tori. Avec une apparence emprunte de simplicité et de naïveté, Eric Hounkpè ne ressemble pas, à première vue à une personne amoureuse des aventures ambigües. Pourtant, c’est par lui que le drame arrive. Suivant les versions les plus probantes, c’est à la suite d’une dénonciation suivie de preuve que les mis en causes ont été confondus. Malgré le niveau atteint par cette affaire et les conséquences infinies qui la suivent, Eric Houguè est confiant et croit toujours en son projet. Lors de sa dernière conférence de presse, tenue le lundi 17 septembre 2012 au Bénin Marina Hôtel, Eric Hounguè, après avoir dénoncé les comportements qu’il qualifie d’anti développement, s’est dit déterminer à œuvrer pour l’aboutissement du projet qui lui tient à cœur plus que tout.
Notons que pour avoir dénoncé des personnalités au plus haut niveau de l’Etat, le Directeur de cabinet du ministre chargé des infrastructures portuaires, Bio Sawé, le secrétaire général de la présidence de la République, Edouard Ouin Ouro et le directeur général du Port autonome de Cotonou, Joseph Ahanhanzo ont été relevés de leurs fonctions.  Aussi, d’autres personnalités de l’entourage du chef de l’Etat sont en disgrâce.
Ralf Zinsou

mardi 4 septembre 2012

Bénin-Emploi

70% de taux de chômage  ...
« Affirmer que le taux de chômage au Bénin avoisine les 70% n’est que justice ». C’est ce que soutient un chercheur qui a requis l’anonymat en cette période de méfiance généralisée. Une affirmation contraire à celle qui revient constamment aux lèvres des autorités béninoises de tout temps lorsqu’elles doivent aborder la question de l’emploi, environ 2%. En tant que médias, nous renvoyons ici scientifiques et gouvernants dos à dos pour analyser, sans préjugé, la question de l’emploi au Bénin.
Ralf Zinsou

En République du Bénin, un seul ministère est chargé de l’emploi, c’est le département chargé de la Microfinance, de l’Emploi des jeunes et des femmes. Celui en charge du Travail et de la Fonction publique s’occupe de ceux qui ont déjà un emploi, surtout ceux conventionnés. Ainsi, dans un pays où les demandeurs d’emploi sont de tous âges, la dénomination même du ministère en charge de l’emploi est discriminatoire. On parle spécifiquement de « l’emploi des jeunes et des femmes ». Heureusement que les femmes demandeuses d’emploi peuvent être de tous âges. Même si cette discrimination n’était pas de mise, les difficultés de l’emploi au Bénin sont réelles et lorsqu’on entend parler de 2% s’agissant du taux de chômage au Bénin, on n’a pas besoin d’être polytechnicien pour opposer un non catégorique.

Du discours officiel
Depuis 2006, les actions menées ont permis d’avoir des résultats subséquents au niveau des dispositifs d’appui à la création et la promotion de l’emploi. De 2.605 emplois en 2006, ces structures ont créé 402.861 emplois en 2008. Ils ont permis de créer l’essentiel des nouveaux emplois en 2008 et en 2009 comme le montrent les statistiques ci-dessous. Toute chose qui témoigne de l’efficacité des dispositifs d’appui à la création et à la promotion de l’emploi, en particulier depuis 2007.
Toujours en ce qui concerne le discours officiel, on reconnaît que les bons résultats enregistrés par la politique de l’emploi au Bénin entre 2006 et 2009 n’ont pas suffi pour réduire les tensions qui s’observent sur le marché du travail. Ce qui serait justifié par la poussée démographique et des nouveaux diplômés qui sortent des centres de formation. Ainsi, l’écart entre l’offre et la demande d’emploi s’agrandit d’année en année comme en témoigne le graphique ci-dessous.
En conséquence, la situation de l’emploi ne s’est pas améliorée depuis 2002. Le taux de chômage est resté constant depuis lors dans un contexte où la population du pays ainsi que le taux d’activité globale s’accroissent. Il s’en suit que le nombre de chômeurs est en augmentation. Il faut également souligner que plusieurs diplômés sont amenés à s’occuper, d’une façon ou d’une autre, faute d’un emploi lié à leur formation. Le taux de sous-emploi estimé lors de l’enquête modulaire intégré sur les conditions de vie des ménages (Emicvm 2007) est de 70%.
Enfin reconnaît-on officiellement les 70%...
70% de taux de sous emploi. Pourquoi ne pas prendre en compte ce taux, pour le taux de chômage juvénile si l’on s’entend qu’il prend en compte les jeunes demandeurs d’emploi qui s’occupent vaille que vaille en attendant un emploi à de leur convenance, à la hauteur de leur qualification professionnelle ou tout au moins leur niveau académique ? Toute la question est là lorsqu’on sait que les 2% cités plus haut éliminent tous ceux qui aident une personne de leur entourage et qui reçoivent une rétribution inconséquente. Inutile d’évoquer les diplômés contraints de conduire un taxi-moto pour subvenir à tout ou partie de ses besoins vitaux. Ainsi, ne serait-il pas plutôt conséquent d’ajouter aux 2% toutes ces personnes sous employées ? A notre sens, lorsqu’on ajoute cette frange de population active aux 2% on obtiendrait tout simplement les 70% ou tout au moins un chiffre très proche de cette valeur. Et à partir de ce courage politique, les Béninois, les jeunes en l’occurrence, se retrouveront aisément dans les statistiques officielles de l’emploi au Bénin. La non dissimulation des faiblesses est un véritable levier de développement nous enseigne la sagesse. Et nous croyons que cette sagesse vaut pour le Bénin de tout temps et mieux encore celui d’aujourd’hui. C’est lorsqu’on accepte de reconnaître la profondeur de sa plaie que l’on se dote de moyens efficaces pour la soigner. Aujourd’hui, le Bénin, avec les cris de cœur qui montent a besoin d’une politique de l’emploi effectivement applicable avec peu de place pour les improvisations.

Perspectives de politique                          de l’emploi       
Lorsqu’on se projette dans l’avenir au Bénin, on note qu’il existe un document de politique nationale de l’emploi ainsi qu’un plan d’actions 2010-2014. Ce document s’inspire des documents de stratégie internationale comme « La Déclaration du millénaire des Nations Unies : un pacte social pour la création d'emplois », « Le Pacte mondial pour l’emploi », « La Déclaration du sommet de l'Union africaine sur l'emploi : la création d'emplois productifs décents, priorité des chefs d'Etat » et des documents de stratégies nationales. Ils ont peut-être le mérite d’être convainquants. Mais il y a mieux que le mérite d’un document pour faire bouger les lignes dans la société. Au-delà des documents stratégiques en effet, il y a le besoin de disposer d’hommes et de femmes volontaires et convaincus pour accomplir de grandes tâches que retient généralement l’histoire.



                                               

lundi 3 septembre 2012

Bénin-Gouvernance

Yayi s’éloigne de son programme
SEM. Boni Yayi, président de la République du Bénin

Avec la situation économique actuelle du Bénin, et les options de réformes faites dans maints secteurs, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le virage que prend le Bénin et sur la base de quel référentiel. Nous prenons ici l’initiative de questionner les grands traits du programme économique du candidat Boni Yayi afin de savoir si cette plate forme de bonnes intentions peut aujourd’hui être considérée comme le référentiel de l’action gouvernementale sur le plan économique.
Ralf Zinsou



A l’épreuve des faits, et depuis avril 2011, la marge est grande entre ce que le candidat Boni Yayi a promis aux électeurs sur le plan économique et ce qui relève aujourd’hui du lot quotidien des Béninois.

Affaire Icc et consorts
Sur le plan économique au Bénin, l’un des faits qui ont sérieusement perturbé les agents économiques au cours du dernier quinquennat du président Boni Yayi est l’affaire dite « Icc service et consorts ». A ce propos et à la veille de la présidentielle de 2011, le candidat Boni Yayi a promis s’impliquer personnellement, ce qui était déjà le cas, dans le processus de remboursement des spoliées. Ce fut un engagement solennel au grand meeting du candidat tenu au stade de l’amitié à Cotonou. Les électeurs, malgré le maigre résultat obtenu par le dispositif déjà mis en place par les soins du même candidat pour recouvrer lesdits fonds, ont cru que l’impossible était possible. Mais depuis plusieurs mois, beaucoup de communiqués et des débuts d’initiatives sans grand résultat. Peut-être que les jours à venir nous démentiraient. Vivement le démenti.

Faire du Bénin un véritable pôle de transport/logistique
Au point d’orgue du programme économique du candidat Boni Yayi, il y a la volonté clairement affichée, avec des actes déjà amorcés lors du premier quinquennat, de faire du Bénin un hub régional de services à valeur ajoutée. Pays de transit, avec un port qui venait de bénéficier d’importants investissements dans le cadre du premier compact du Millénium challenge accunt, le candidat Boni Yayi avait pris de sérieuses options pour faire du Bénin un véritable marché régional de biens et services. Une pate-forme de services logistiques d’exportation dans la perspective d’un centre régional de négoce et de services à valeur ajoutée était l’ambition clairement affichée par l’actuel président de la République. Aujourd’hui, ce rêve promis aux Béninois est loin de la réalité. En effet, après l’introduction, suivie immédiatement du retrait, du Programme de vérification des importations (Pvi) de nouvelle génération, le port de Cotonou, ayant vu ses capacités renforcées, se trouve dans une situation de ralentissement de trafic pendant que les autres ports de la sous-région connaissent un accroissement d’activités. Il y a quelques jours, une personnalité politique, évoquant la situation politique au Togo, indiquait qu’il souhaiterait que cette nouvelle donne de l’instabilité à Lomé relance les activités au Port de Cotonou. Il n’est pas cynique mais préoccupé par le sort de son pays. Car, annuellement et situation convenable, le port apporterait plus que le coton en termes de croissance économique au Bénin.
Pour faire du Bénin un véritable pôle de transport/logistique il importe de développer le réseau routier, ferroviaire et construire d’autres aéroports et ports qu’ils soient en eau profonde ou en terre ferme. Au cours du quinquennat en cours, à la différence du dernier, le rythme de construction des routes est réduit. Et même certains chantiers lancés à la veille de la présidentielle piétinent. Même la route la plus rentable, étant donné la position stratégique de Cotonou pour les pays de l’Hinterland, Cotonou-Malanville, souffre d’un état de dégradation avancée à plusieurs endroits. Des chantiers de port sec sont lancés et les Béninois en attendent beaucoup avec un goût d’inachevé lorsqu’ils pensent aux ports secs déjà inaugurés mais pas véritablement en service. Les travaux des aéroports de Tourou et de Glodjigbé lancés avancent au rythme de l’économie nationale. Quant au chemin de fer, statu-quo. Le réseau actuel est inférieur à celui laissé par le colonisateur et aucune lueur d’espoir en perspective.

Le coton en situation délicate
Alors qu’en 2011, le candidat Boni Yayi promettait, non seulement, de relancer la filière coton mais de développer d’autres filières à l’image de celle du coton, c’est la filière coton elle-même qui souffre d’improvisation doublée de remise en cause permanente aujourd’hui. Le ministre chargé de l’agriculture est très optimiste pour la campagne en cours et nous souhaitons qu’il ait raison pour ce que représente la filière coton pour l’économie béninoise. Selon les informations du ministère de l’agriculture, 50.000 tonnes de coton graine apporterait à l’économie béninoise 1% de taux de croissance.

Quartier numérique de l’Afrique ?
Avant la fin du premier quinquennat de Boni Yayi, le ministre chargé de la communication promettait aux Béninois de faire du Bénin le quartier numérique de l’Afrique. Une ambition louable reprise par le candidat Boni Yayi en 2011. Seulement, à l’épreuve des faits, sur le plan numérique, le Bénin a des leçons à recevoir des pays enclavés sans littoral où atterrissent souvent les terminaux des réseaux à fibres optiques. Il s’agit là d’un constat que font chaque jour tous les Béninois qui ont le privilège de se connecter à l’internet.

Le tourisme en panne
Le secteur touristique a un potentiel de croissance reconnu par l’actuel régime. Le candidat Boni Yayi y a mis un accent particulier en 2011. Inutile de mettre quoi que ce soit à l’actif du régime dans ce registre aujourd’hui en dehors du lancement d’un chantier routier dans le cadre du projet « Route des pêches ». Ceci est facilement compréhensible étant donné que les fondamentaux de l’économie sont en souffrance et qu’ici on prend le tourisme comme une activité économique secondaire.

Le pétrole
A plusieurs reprises, le candidat Boni Yayi a promis aux électeurs de faire en sorte que le Béninois goûte enfin aux délices miniers en mettant la recherche et l’exploitation du pétrole au centre de ses préoccupations. Dans ce domaine, en dehors de quelques investisseurs potentiels reçus par le chef de l’Etat qui promettent le pétrole pour bientôt, les Béninois devront attendre encore longtemps.
Au demeurant, les actes posés depuis le 2011 à la suite de l’élection présidentielle sur le plan économique ne sont pas encore à la hauteur des promesses du candidat Boni Yayi. Nous n’avons pas la prétention d’avoir été exhaustif. Mais il n’est pas contre productif d’espérer le meilleur en pensant aujourd’hui que l’heure est à la pause des balises en attendant le mieux, vivement attendu par les nombreux ménages qui subissent sérieusement la crise économique actuelle.

mercredi 29 août 2012

Bénin-Réformes

Les urgences de Gbian, ministre des finances

Depuis mars 2012 et suivant le contenu des documents de base régissant les rapports entre l’Etat béninois et le Fonds monétaire international (Fmi) le ministre de l’économie et des finances a pris, au nom du Bénin, une série d’engagements. Ceux relatifs aux en cours ou à engager sont nombreux et le 30 septembre 2012 est une échéance capitale pour le Bénin. Des échéances qui exigent de la part du ministère de l’économie et des finances des urgences.

Dans le cadre de l’exécution de son programme économique et financier au titre de la Facilité élargie de crédit (Fec) en vue d’atteindre ses objectifs de croissance et de réduction de la pauvreté, le gouvernement béninois a adressé en mars dernier au Fmi une lettre d’intention et Protocole d’accord technique. Ainsi, après avoir présenté les contours de la conjoncture économique au Bénin, le ministre de l’économie et des finances a sollicité la conclusion de la troisième revue au titre de la Fec et le déboursement de la quatrième tranche de la Fec, d’un montant de 10,61 millions de dollars de droits de tirage spéciaux (Dts). Cette sollicitation est naturellement accompagnée d’engagements fermes dont certains contraignent aujourd’hui le gouvernement, à travers le ministère de l’économie et des fiances, à répondre à des urgences qui s’imposent. Citons ici quelques unes de ces urgences pour permettre d’apprécier la délicatesse de la situation.

La douane au centre des réformes

La Direction générale des douanes et droits indirects (Dgddi) a une lourde responsabilité dans les réformes en cours ou celle à initier et qui doivent être bouclé avant des échéances bien précises. Sur le plan informatique, l’extension de SYDONIA++ à douze unités frontalières additionnelles des douanes, prévu pour fin août 2011, a été finalisée à fin février 2012, en raison du besoin de mettre les circuits électriques aux normes avant d’installer le matériel adéquat.
L’extension du système informatique de la Direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI) à tous les services, prévue à fin août 2011, a été finalisée à fin février 2012, pour la raison mentionnée en ce qui concerne le précédant repère. Par ailleurs, la généralisation du recours systématique par la DGDDI à l'IFU et l'arrêt de l'utilisation de numéros non spécifiques au niveau du système SYDONIA++, prévus à fin décembre 2011, sera achevée au plus tard le 30 septembre 2012; ce report provient des mêmes raisons que celui du repère précédent. Ainsi, la responsabilité de la douane est grande dans les engagements du Bénin devant le Fmi. Nos démarches pour avoir des précisions quand aux résultats atteints par la douane dans les dites réformes n’ont pas abouti. Cependant, l’introduction et la suspension du Programme de vérification des importations (Pvi) nouvelle génération, est un élément perturbateur dans le processus de ces réformes. Car, au titre des réformes achevées avant la correspondance adressée au Fmi, on peut craindre des cas de remise en cause.

La Dgid trop en retard

Le début du développement d’un système informatique complet et intégré à la Direction générale des impôts et des domaines (DGID) est une préoccupation permanente. Prévue pour démarrer en mars 2012, cette réforme attendra encore longtemps. En effet, en raison du retard de l’assistance technique attendue pour la mise en œuvre de ce projet de réforme, la finalisation de son développement pourrait prendre jusqu'à trois ans. A cette dernière ratée s’ajoute la généralisation de l'Identifiant fiscal unique (Ifu) à tous les contribuables et à tous les services des administrations fiscale et douanière. Ici, prévue à fin décembre 2011, cette réforme est prévue pour être achevée au plus tard le 30 septembre 2012 avec au motif du report les retards enregistrés dans les formalités de mise en vigueur de l’accord de don du partenaire soutenant la mise en œuvre de ce repère. Seulement voilà, à trente jours environ de l’échéance de cette réforme, étant un contribuable béninois nous n’avons pas le sentiment que cette date sera tenue.
Aussi, il est utile de rappeler, pour le compte du ministère de l’économie et des finances, le projet relatif à la mise en place du Système intégré de gestion des ressources humaines (Sigrh). Dans ce cadre, une mission d’assistance technique de la Banque mondiale, a recommandé en octobre 2011, une approche graduelle de mise en place du système, assortie d’un plan d’actions. Une approche différente de celle qui était initialement prévue dans le programme, mais qui correspond mieux à la capacité d’absorption des administrations béninoises. Ici, il n’y a pas une échéance connue. Cependant, le dernier « paiement recensement » organisé au niveau de l’Administration peine à révéler des résultats exploitables pouvant permettre d’envisager une issue satisfaisante à ladite réforme. Espérant que les jours suivants nous apporteront des éléments d’appréciation probants quand à la mise en œuvre des réformes entrant dans le cadre des derniers engagements pris devant le Fonds monétaire international, nous poursuivons les investigations en vue d’éclairer l’opinion
 Aubin R. Towanou

mardi 7 août 2012

Diplomatie française

L’Ambassadeur Jean-Paul Monchau parle du Bénin
SEM. Jean-Paul Monchau est l’Ambassadeur de la République française au Bénin depuis le 21 juillet 2011. Pour un bilan de douze mois d’activités, il fait ici un tour d’horizon de la coopération entre les deux pays. Occasion pour lui de se prononcer, entre autres, sur la gouvernance au Bénin. Lire l’intégralité de l’interview qu’il a accordée au quotidien « Le Matinal »
Quel état des lieux faites-vous de la coopération entre la France et le Bénin ?
Jean Paul Monchau : Je crois que cette coopération est placée sous le signe de l’excellence. Dans tous les domaines, nous avons des projets en cours, de nouveaux projets qui sortent. Vous savez, le Bénin, c’est le quatrième pays où je représente la France et ce qui me fait vraiment chaud au cœur, c’est l’étroitesse des relations entre nos deux pays, basée sans doute sur des raisons historiques mais, je crois aussi, sur une communauté d’intérêts. Nous avons tout à fait intérêt des deux côtés à faire que la France et le Bénin coopèrent bien dans tous les domaines.
Pouvez-vous nous parler des différents secteurs dans lesquels la France appuie le Bénin ?
Tout d’abord, puisque nous avons une communauté de langue, il nous faut commencer par la coopération culturelle. Au cours de l’année passée, le centre culturel français est devenu Institut français. Il ne s’agit pas seulement d’un changement d’appellation. C’est aussi un renforcement de nos structures. Ce qui est véritablement réconfortant, c’est qu’alors que dans certains pays, des centres culturels français disparaissent, ici au Bénin, nous avons réaffirmé la présence de l’Institut Français à Cotonou mais aussi à Parakou. Nous y faisons passer beaucoup d’artistes béninois. L’Institut français du Bénin est sur le plan culturel un investissement très fort. Mais, ce n’est pas le seul ! Nous travaillons actuellement sur « Regards Bénin ». Cette biennale aura lieu en novembre pour faire la promotion de l’art contemporain. Autre exemple : récemment, un grand auteur franco-congolais, Alain Mabanckou est venu à mon invitation passer une semaine ici au Bénin. J’ai d’ailleurs l’intention d’approfondir les échanges sur la littérature car je trouve qu’il y a au Bénin un intérêt pour les activités intellectuelles, pour la littérature. Il y a d’ailleurs de grands écrivains ici. Sur le plan linguistique, nous avons la chance de partager une langue merveilleuse. L’une de mes découvertes, c’est aussi l’enrichissement de cette langue par les Béninois. Je crois que le Bénin peut être un acteur majeur de la Francophonie. Je ne vous le cache pas, j’ai trouvé que la célébration de la Francophonie était un peu faible au mois de mars dernier. C’est finalement l’Institut français qui a fourni une grande partie du programme. Nos amis suisses ont fait venir des écrivains. Je trouve que côté béninois on pourrait peut-être faire un peu plus pour la célébration de la semaine de la Francophonie. La Francophonie est un drapeau magnifique que nous avons en commun et qui est intéressant non seulement sur le plan linguistique mais aussi sur bien d’autres aspects tel que le domaine politique. A Cotonou, une mission de l’organisation internationale de la francophonie (OIF) est venue faire l’audit de la LEPI. La Francophonie observe des élections dans certains pays, intervient sur des dossiers très difficiles là où il y a des conflits. La Francophonie, c’est donc un trésor que nous avons, qu’il faut absolument chérir et exploiter ensemble pour le bien de nos populations. Ce sera un des axes de travail dans les mois qui viennent. Au niveau de l’enseignement supérieur, nous sommes très présents également, que ce soit à Abomey-Calavi ou à Parakou. Nous avons un grand programme, Appui à la Restructuration et à l’Harmonisation de l’Enseignement Supérieur (Arhes) qui vient de s’achever. A une époque où le Bénin augmente considérablement le nombre de ses étudiants, nous avons œuvré pour que les universités aient un outil de gestion performant de ces étudiants et puissent mettre en œuvre le système Licence Master Doctorat (Lmd). Avec nos assistants techniques, nous travaillons en liaison étroite avec le Ministère de l’enseignement supérieur. Ces dernières années, nous avons construit des salles de classes pour l’enseignement primaire et des écoles normales d’instituteurs. Ces actions que nous menons notamment avec l’Afd doivent servir aux enfants béninois. Je voudrais aussi que les Béninois sachent l’effort qui est fait par la recherche française au profit du Bénin. Il faut savoir que, loin de diminuer ses effectifs de recherche, la France a augmenté le nombre de chercheurs présents au Bénin. Nous en sommes à vingt sept (27) chercheurs expatriés par l’Institut de Recherche pour le Développement (Ird) et le Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (Cirad). C’est un investissement, c’est un effort énorme. Nos chercheurs sont intégrés à des organismes de recherche béninois, nous travaillons ensemble. Ce n’est pas la France qui vient imposer quoi que ce soit, c’est la France qui travaille avec des chercheurs béninois sur certains sujets comme le paludisme, sur le climat, l’océanologie, la recherche sociale en milieu urbain. Certes, cela se voit moins que la construction d’un bâtiment. Nous, nous aidons à former les chercheurs et les cerveaux béninois de demain. C’est un investissement d’avenir qui produira forcement ses fruits à long terme. Dans le domaine de la sécurité et de la défense, il y a un an, on s’inquiétait beaucoup de l’insécurité maritime. Au premier semestre 2011, il y avait beaucoup d’actes de piraterie au large du Bénin. Le Dr Boni Yayi a soulevé ce problème au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies et les partenaires ont travaillé sur le sujet. Des navires français sont venus, on a organisé ici une grande rencontre - le séminaire Asecmar - qui a permis à toutes les marines de la sous-région de se rencontrer et de pouvoir progresser. Il nous reste des choses à faire avec les Béninois mais ce que je constate, c’est que la piraterie a sérieusement reculé. Il faut s’en féliciter parce qu’il y avait une menace sur les eaux béninoises et par ricochet sur le Port de Cotonou. Nous allons continuer. Il faut que le Sémaphore de Grand-Popo, équipé par la France, soit mis en service. Nous avons également ici des spécialistes qui travaillent avec l’Ocertid dans la lutte contre le trafic de drogue qui menace aussi le Bénin. Nous travaillons étroitement avec les autorités béninoises et nous allons amplifier cette coopération de sécurité et de défense. Au niveau de la santé, nous sommes présents depuis très longtemps. Cette année, nous démarrons un très gros projet. A la suite du G8 de Muskoka (Canada), 500 millions d’euros ont été dégagés par la France au niveau mondial et le Bénin va en recevoir 15 millions pour ses programmes sur la santé de la mère et de l’enfant. Il s’agit de faire en sorte que dans ce pays, les accouchements se déroulent dans de bonne conditions, que les enfants en bas âge reçoivent les soins appropriés et si possible que l’on puisse travailler sur le planning familial. Les femmes dans ce pays ont encore pratiquement six enfants en moyenne. Ce sont des chiffres qui dépassent les normes. Je crois qu’il faut trouver les moyens de réduire la natalité. Nous ne sommes pas seuls, ces fonds seront mis en œuvre par l’Afd, l’Unicef, et par le Fnuap. C’est un énorme projet qui nécessite qu’il y ait davantage de sages femmes, davantage de professionnels de santé, davantage d’équipements dans les hôpitaux, pas seulement à Cotonou mais aussi dans l’ensemble du pays. Nous voulons amplifier dans les prochaines années ce que nous faisons déjà dans ce domaine. Ce qui me tient à cœur aussi, c’est la coopération décentralisée. Il faut bien voir que le Bénin attire beaucoup de collectivités locales françaises pour des coopérations décentralisées, des départements mais surtout les communes françaises. En 2013, nous allons organiser les Assises de la coopération décentralisée entre le Bénin et la France et nous aurons l’occasion de faire le point avec le Ministère de la Décentralisation et les communes qui profitent de cette coopération. La coopération décentralisée a un grand mérite : elle met les gens en contact. C’est humain. C’est là que la coopération internationale prend toute sa dimension.
Un mot sur la gouvernance démocratique au Bénin ?
Le Bénin a su, depuis vingt ans tenir des élections dans des conditions jugées à chaque fois convenables. Le constat global, c’est que les élections ici ne donnent pas lieu à des violences, à des manifestations qui n’en finissent pas après les scrutins. Cela veut dire que globalement, la population admet que les choses se passent bien. Et d’ailleurs, les partenaires internationaux du Bénin le disent aussi. C’est un exemple. Depuis plus de vingt ans, il y a des élections et les gouvernements peuvent ensuite se mettre au travail. C’est une chance même si c’est toujours fragile, on l’a vu dans le cas du Mali. Nous devons préserver cette chance là. Maintenant, la gouvernance, ce n’est pas seulement les élections. Je crois que la démocratie est un travail de longue haleine. Nous, les Français, nous avons fait la révolution en 1789 et nous en sommes à notre cinquième république. On voit bien qu’il a fallu très longtemps pour que nos institutions soient complètement stabilisées, qu’elles soient transparentes pour les citoyens. Nos institutions actuelles ont maintenant plus de cinquante ans. Notre Constitution a été adaptée, modifiée à plusieurs reprises. Ce n’est pas impossible parce que les choses évoluent et une Constitution a besoin d’évoluer. Si elle n’évolue pas, elle devient bloquante. Je dis ça parce que j’ai bien vu que l’un des problèmes pour nos amis Béninois à l’heure actuelle, c’est la révision de la Constitution. C’est aux Béninois de le faire. Sans doute, faudra-t-il trouver le moyen institutionnel et forcement démocratique d’adapter cette Constitution qui est souvent citée en exemple. Je pense que c’est bien qu’on débatte. Il me semble que c’est la force d’un pays de pouvoir débattre sur tous les sujets. Les Béninois s’interrogent sur leur Constitution et je suis certain que si nous pouvons aider de manière technique, d’une manière ou d’une autre, à avancer sur ce sujet, nous le ferons en tant qu’amis du Bénin. La gouvernance c’est aussi l’Etat de droit. On voit bien qu’ici, beaucoup de citoyens s’interrogent sur ce qui a pu être fait dans certains secteurs. Je crois qu’il faut aussi faire la part de l’urgence. Par exemple, si la future récolte cotonnière est en jeu, un gouvernement peut être amené à prendre des mesures d’urgence. Ceci étant, sur l’Etat de droit, je crois qu’il y a une situation qui mérite sans doute d’être améliorée. La France est chef de file des partenaires techniques et financiers pour les questions de justice et des Droits de l’homme. Dans ce domaine, ce qui nous frappe, c’est que beaucoup de prisonniers ne sont pas jugés. Si vous allez à la Prison civile de Cotonou, vous voyez qu’il y a des centaines de prisonniers qui sont là pour des durées supérieures à la peine maximale encourue s’ils étaient jugés. J’ai des exemples précis et je ne parle même pas de la situation dans les prisons : la promiscuité, la surpopulation carcérale…Cela nous interpelle du point de vue du droit parce que toute personne a droit à un procès dans un délai raisonnable. Et ce que j’ai pu voir, comme le Président de la République ou le Médiateur de la République, eux même l’on dit, ce n’est pas acceptable. Nous avons une coopération dans ce domaine avec l’Union Européenne et d’autres partenaires. Et ce que nous souhaitons, c’est que rapidement, le nouveau code de procédure pénale soit promulgué et appliqué. Enfin, je voudrais parler de la situation des enfants. Encore trop d’enfants travaillent au Bénin. Je parle notamment du phénomène des « vidomegon ». Le travail des enfants à notre époque est un problème qui doit être traité à la base. Un enfant doit apprendre, doit jouer, mais ne doit pas travailler, sans quoi il passe à côté de son enfance. Il est également nécessaire de lutter contre le trafic des enfants, un drame qui perdure au Bénin.
Quelle est votre appréciation de la gouvernance économique au Bénin ?
D’abord un constat : si on s’en tient au classement Banque Mondiale « Doing Business », le Bénin n’est pas très bien placé. Deuxième constat : le Chef de l’Etat lui-même disait il y a 15 jours quand il était dans les champs de coton « nous sommes les derniers de l’Uemoa en terme de croissance » et je voyais que ça lui faisait de la peine qu’on en soit là. Donc de toute évidence il y a quelque chose à améliorer en termes de gouvernance économique au Bénin. Il n’y a pas de fatalité. L’Afrique connait depuis plusieurs années une croissance forte. Pour 2012, les experts pensent que la croissance du continent africain se situera entre 5 et 6%. Grâce aux efforts qui ont été fait avec les bailleurs, l’Afrique s’est désendettée au cours des dernières années. Il y a 10-12 ans, l’endettement moyen des pays africains était de 125% du PIB. Aujourd’hui on est tombé à 25%, ce qui veut dire que les pays africains pour la plupart sont moins endettés que les pays européens. L’aide internationale finit par produire des effets parce qu’au cours des dernières années, l’aide a été consacrée aux infrastructures, à l’énergie, aux routes, aux aéroports. Regardez les communications entre les pays africains, elles sont devenues beaucoup plus fréquentes et plus faciles qu’avant. Aujourd’hui vous avez des compagnies qui desservent toutes les capitales africaines à partir de Cotonou. Vous avez aussi des sauts technologiques. Le téléphone et Internet permettent de réduire le fossé numérique. Vous avez donc énormément d’éléments qui sont en train de profiter à l’Afrique. Et j’en ajoute un autre qui va produire des effets à partir de maintenant, c’est la démographie. La population africaine augmente, ce qui est un facteur de croissance supplémentaire pour le continent. L’Afrique est le réservoir de croissance de la planète. Il faut donc être optimiste pour l’Afrique. La croissance au Bénin est plutôt de 3,5%. Ca ne suffit pas à faire du Bénin un pays émergent, puisque la population augmente en même temps de 3,5 % par an. Vous augmentez le PIB et vous augmentez le nombre d’habitants, vous avez donc toujours le même résultat, c’est-à-dire 750 dollars par an et par habitant. Pire, la pauvreté a augmenté au Bénin ces trois dernières années. On l’a constaté lors de la « Revue conjointe » entre le gouvernement et les partenaires. Concernant la gouvernance économique au Bénin, le gouvernement et les partenaires se penchent sur la question. La gouvernance économique c’est aussi le port, le coton et l’ensemble des secteurs d’activité bénnois. Pour le port, nous venons de vivre une période assez difficile mais nous venons d’en sortir je crois. Les nouvelles que j’ai, en particulier des opérateurs, tendent à montrer que la situation s’améliore.
Avec la disparition du Pvi ?
Bon, on va voir ce que le gouvernement à l’intention de faire pour remplacer le Pvi. Peut être que le forum économique que prévoit le Président de la République au mois de septembre va aider. Mais je crois qu’au port la situation est en train de s’améliorer doucement. En ce qui concerne le coton, je ne suis pas un spécialiste mais je pense que le potentiel du Bénin n’est certainement pas atteint. Il faut donc voir aussi les nouvelles règles qui seront mises en œuvre dans ce domaine. Pour l’instant on a plutôt l’impression que l’Etat a repris en main le secteur. Mais un secteur économique comme le coton ne peut pas être entièrement aux mains de l’Etat. Il faut trouver un équilibre, dans la privatisation, entre l’Etat qui régule et les producteurs du secteur, afin de permettre à tous les producteurs de développer tout leur potentiel. Néanmoins, ce n’est pas possible qu’un pays comme le Bénin s’arrête aux deux secteurs économiques que sont le port et le coton. Ce pays est fertile. Comment est-il possible que l’agriculture ne soit pas davantage tournée vers l’exportation ? Je crois que les autorités y travaillent ardemment. J’ai entendu qu’une usine de fabrication de tracteurs va être lancée ici au Bénin, financée par l’Inde, il faut s’en féliciter. Dans un pays comme le Bénin, l’agriculture est la base de l’économie. Je suis persuadé qu’il y peut avoir des filières ananas, noix de cajou, karité, etc… qui ne demandent qu’à être développées. Vous avez ici les meilleurs ananas du monde, ça ne fait aucun doute, pourquoi pénètrent-ils si peu le marché français par exemple ? Malgré ses relations séculaires avec la France, le Bénin se tourne vers d’autres pays à l’instar de la Chine…. Il y a tellement à faire qu’il y a du travail pour tout le monde ! Il faut se réjouir qu’après les anciennes puissances coloniales, la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, la Belgique, le Portugal il y ait d’autres partenaires qui viennent en Afrique. Il faut être réaliste, la Chine est en train de devenir l’une des principales puissances au monde, sinon la principale. Et il est tout naturel qu’elle s’intéresse aux autres continents. On a remarqué que les Chinois sont très forts pour construire des infrastructures. C’est précisément de cela dont a besoin le continent africain. Dans d’autres pays africains, la Chine s’est ouvert le marché de matières premières dont elle a besoin pour son économie. Je vous rappelle que la Chine c’est officiellement 1,3 milliards d’habitants qui veulent consommer. Le continent africain est riche de matières premières. C’est un continent riche peuplé de trop de pauvres. Si, grâce ces partenaires, notamment la Chine, l’Europe, la Turquie, l’Inde, le Brésil, on peut transformer progressivement l’Afrique en un continent plus riche, personnellement je n’ai rien contre. C’est la mondialisation qui est en marche, en Afrique aussi. J’ai beaucoup aimé le discours du Président de l’Union africaine, le Dr Boni Yayi, la semaine dernière lors de la 5ème Conférence ministérielle du forum sur la coopération sino-africaine. Il a dit un certain nombre de choses qui marquent bien le partenariat entre une Chine riche de ses valeurs et l’Afrique riche aussi de ses valeurs et qui a sa propre vision du monde. Je crois que ce partenariat, du moment qu’il est équilibré, est bénéfique pour le continent africain. Nous nous en réjouissons. Certaines entreprises françaises et européennes profitent elles aussi de l’arrivée de la Chine en Afrique parce qu’elles connaissent bien le continent africain. Par exemple quand il s’agit de transporter des marchandises de la Chine vers Cotonou, ce sont des entreprises européennes qui le font, les groupes Maersk, Bolloré notamment. C’est une très bonne chose, ça profite à tout le monde. Nous n’avons donc rien contre la présence chinoise en Afrique. Maintenant c’est aux Africains eux-mêmes de fixer les règles du partenariat en préservant leurs intérêts. En tout cas je peux vous dire qu’entre Chinois et Français nous avons des conversations régulières sur l’Afrique au niveau de nos capitales.
Excellence, nous sommes pratiquement à la fin de notre entretien, quel avenir pour la relation entre la France et le Bénin ?
Je considère pour ma part que le passé, le présent et l’avenir tout ça va ensemble. Vous vous souvenez que peu de temps après mon arrivée au Bénin, j’avais pu obtenir une rencontre entre le Président Boni Yayi avec le Président Nicolas Sarkozy. Le 29 mai dernier, le Président Boni Yayi a été le premier président de l’Afrique Subsaharienne à être reçu par François Hollande. C’est très symbolique. Quels que soient les gouvernements il y a une amitié profonde entre nos deux pays et nous observons toujours avec intérêt le modèle béninois : démocratie, stabilité, respect des droits de l’homme. Nous avons la volonté de toujours améliorer les choses pour faire en sorte que le Bénin reste une référence dans la région. Rien n’est parfait, chez nous en France non plus. Pour le bonheur de nos peuples, il faut continuer à entretenir des relations étroites entre le Bénin et la France. Ce que je vois c’est un intérêt commun, des flux humains très importants, des rencontres très fréquentes entre personnes. Il y a 7000 ou 8000 Béninois qui vivent en France et ils ne posent pas de problèmes particuliers, notamment sur les questions d’immigration. On a offert ici des cartes compétence et talents qui permettent à des Béninois de s’installer en France puis de revenir au Bénin et de démarrer un projet professionnel. On en a pourtant placé très peu jusqu’à présent. Pour conclure, je suis optimiste pour les relations entre le Bénin et la France. Les Français peuvent sans doute mieux faire et les Béninois peuvent aussi mieux faire, mais on s’entendra toujours pour le bénéfice des deux populations.
Propos recueillis pour Le Matinal par J.B
Photo du diplomate: http://www.quotidienlematinal.info/local/cache-vignettes/L175xH179/arton40920-826da.jpg

lundi 6 août 2012

Promotion des affaires entre Cotonou et l’Asie


Zomahoun apte à dynamiser l’axe économique Bénin-Japon
SEM. Rufin Zomahoun, nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Bénin près l’Empire nippon, avec juridiction sur une dizaine de pays d’Asie et d’Océanie, a présenté ce jeudi 2 août 2012 à Sa Majesté l’Empereur Aki Hito ses lettres de créance. Au cours de la cérémonie, la présence de certaines personnalités économiques influentes dénote des atouts dont dispose le nouvel ambassadeur en vue de dynamiser l’axe économique Bénin-Japon.
Le nouvel ambassadeur du Bénin près le Japon est une forte personnalité dans la société nippone au sein de laquelle il a vécu et étudié pendant plusieurs décennies. Un avantage qui fait de lui un interlocuteur crédible pour ouvrir de nouveaux chantiers économiques majeurs dans le but de dynamiser l’axe économique Bénin-Japon. A preuve, la particularité de la solennité de la cérémonie de présentation des lettres de créance et l’aréopage de personnalités tant économiques que politiques qui y ont pris part. Au nombre de celles-ci, il y en a qui ont un poids économique qui rassure quand à l’aptitude de SEM Rufin Zomahoun à faire de l’axe économique Bénin-Japon une réussite au grand bonheur de l’accélération de la croissance économique au Bénin.
Le Bénin honoré
Sous bonne escorte policière, à bord d’une charrette dorée, tirée par des chevaux impériaux, Son Excellence, Monsieur Zomahoun D. C. Rufin, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Bénin près l’empire du soleil levant a effectué son déplacement bien cadencé, jusqu’à la Cours impériale où il a présenté ses lettres de créance à l’Empereur Aki Hito. Il était accompagné de ses proches collaborateurs, diplomates béninois en poste à Tokyo.
Boni Yayi a le soutien de Aki Hito
Le nouvel ambassadeur, à son arrivée à Tokyo, n’a pas fait un mois avant d’être autorisé à présenter aussi bien les copies figurées au ministère des affaires étrangères et les lettres de créance à Sa Majesté l’Empereur Aki Hito. Aussi, la cérémonie aura duré environ 33 minutes au lieu des 10 habituelles selon la presse nippone qui en a fait une large diffusion. Après avoir reçu le message du président béninois que lui a remis SEM. Zomahoun, l’Empereur nippon a indiqué que Boni Yayi bénéficiera de son soutien tant en tan que président du Bénin que celui en exercice de l’Union africaine. L’empereur Aki Hito, magnifiant le nouveau représentant du Bénin près le Japon, a affirmé qu’en dehors de l’ambassadeur de l’Angleterre près le Japon, Zomahoun est le seul à manipuler couramment la langue des Samouraïs malgré qu’il soit africain. Il lui a exprimé alors toute son admiration face à un exemple atypique de réussite.

 Par Ralf Zinsou